© C.Recoura/Photorail

Réforme ferroviaire – Les voies d’une sortie de crise

17 mai 2018
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Par : M.-H. P.

Après avoir été reçus par le Premier ministre, deux des quatre syndicats représentatifs des cheminots, l’Unsa et la CFDT, ont repris les discussions avec Élisabeth Borne. Avec l’objectif de sauver ce qui peut encore l’être.

Deux des quatre syndicats représentatifs de la SNCF, l’Unsa et la CFDT, sont revenus discuter avec Élisabeth Borne. Ils avaient auparavant, comme la CGT et Sud Rail, claqué la porte des réunions de concertation. Motif : cela ne sert à rien, toutes les décisions sont prises à Matignon. Mais, le 7 mai, comme les syndicats en avaient fait la demande, le Premier ministre a reçu les parties prenantes : direction de la SNCF, Régions de France, Fédération nationale des usagers des transports, et, en premier, les organisations syndicales. Réunion pour rien ou pour pas grand chose aux yeux de la CGT ou de Sud Rail. Les deux OS refusent totalement les principes de la réforme, et le Premier ministre a rappelé qu’il n’était pas question d’y renoncer.

Une attitude inflexible dont tiennent compte les deux syndicats dits réformistes. Ces organisations sont entrées dans la logique du « grain à moudre ». Si le recrutement au statut est une cause perdue, autant faire en sorte que les cheminots retrouvent, dans la convention collective, toute une partie des garanties dont ils bénéficient aujourd’hui. Comme nous le dit Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa, « on travaille à sortir proprement du conflit avec des garanties à la sortie », expliquant vouloir « aller positivement dans cette réforme, pour la transformer en une réforme efficace ».

L’Unsa et la CFDT ont donc participé à des réunions avec Élisabeth Borne, visant à modifier par des amendements le projet de loi, avant qu’il ne passe devant le Sénat, à la fin du mois. Pour Roger Dillenseger, qui a présenté lors de la première réunion à la ministre la trentaine d’amendements proposés par son syndicat, « il y a une écoute positive à des sujets concrets ». Selon lui, « les postures ont évolué sur les questions de transfert de personnel, la rémunération et même la gouvernance ». Sans en dire plus sur le fond, renvoyant aux réunions de travail suivantes.

Tout en rentrant dans la concertation, les deux syndicats restaient dans la grève.

Pas question de se désolidariser, d’autant que le mouvement social permet de peser sur les négociations. Et que le rendez-vous de la remobilisation du 14 mai était une bonne occasion de montrer sa force. Pour les mêmes raisons, toutes les OS se sont ralliées au Vot’action (voir texte ci-dessous).

Guillaume Pepy, pour sa part, voyant des organisations syndicales revenir discuter avec la ministre, estime qu’il y a eu une « une avancée ». Par ailleurs, a-t-il rappelé, d’ici le passage du projet de loi au Sénat, « le Premier ministre va également annoncer des mesures de désendettement, ainsi que des investissements supplémentaires ». La direction de l’entreprise présentera « l’ensemble de l’agenda social lié aux questions de l’après-statut à partir de 2020 ». L’objectif, a ajouté Guillaume Pepy « n’est pas d’avoir des cheminots au rabais et de jouer au dumping social ».


Des agents remobilisés

Forte mobilisation le 14 mai. Pari réussi. Certes, la journée du 14 mai, initialement prévue par les organisations syndicales comme une journée « zéro train », « sans cheminots », a été revu à la baisse. Mais les OS ont réussi à redynamiser la mobilisation contre le projet de réforme. Après un tassement début mai, la participation à cette nouvelle journée de grève (27,58 % de grévistes) s’est rapprochée de celle enregistrée lors du premier épisode du mouvement, les 3 et 4 avril (33,9 % et 29,7 %).

La mobilisation a été très forte chez les conducteurs (74,4 %), chez les contrôleurs (74,3 %) et chez les aiguilleurs (36,7 %), a reconnu la direction de la SNCF. Fort rebond chez les cadres aussi, en grève à 10,14 % (contre 3,1 % mercredi). D’où un trafic « très perturbé » avec, en moyenne, un TGV, TER ou Transilien sur trois et un train Intercités sur cinq.

Des actes de malveillance, qui étaient redoutés, ont été signalés. Dans l’Eure, un câble de soutien d’une caténaire a été sectionné « très proprement » dans la nuit à Gaillon, a indiqué la SNCF. À la gare Saint-Charles de Marseille, la circulation des trains a été paralysée pendant une partie de la matinée. Une rupture de caténaire a contraint la direction à dérouter une partie du trafic. Il y a également eu « un blocage des voies par des salariés d’autres entreprises, des étudiants et des usagers », venus « nous soutenir », a dit à l’AFP Rémi Hours, responsable local de la CGT Cheminots. « Il y a eu une cinquantaine d’actes, d’exactions, de blocages, de rassemblements, qui ont empêché la circulation des voies, et il y a même des incidents qui ont mis en cause la sécurité, des détériorations de passages à niveau, des détériorations de signalisation, un jeune agent d’accueil qui a été légèrement blessé par l’explosion d’un pétard, bref, des choses qui ne sont absolument pas admissibles, d’ailleurs ce n’est pas l’esprit cheminot», a déclaré Guillaume Pepy le 15 mai sur France Info. L’entreprise avait à cette date déposé une quinzaine de plaintes.


Tractation pour un vot’action

Le 9 mai, l’intersyndicale cheminote (CGT, SUD-Rail, Unsa et CFDT) a validé le principe d’une consultation des cheminots sur la réforme. Elle devait avoir lieu du 14 au 21 mai dans le cadre des assemblées générales (AG) mises en place pour décider des suites de la grève. Elle s’adressait aux 150 000 cheminots – mais, dans les faits plutôt à ceux qui viennent aux AG – invités à répondre à la question suivante : « Êtes-vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ? »

L’initiative, proposée par la CGT-Cheminots, s’inspire du référendum d’Air France, qui a abouti le 4 mai à la démission du président de la compagnie Jean-Marc Janaillac. Mais l’Unsa Ferroviaire et la CFDT-Cheminots se sont opposés à l’appellation « référendum », pour lui préférer le nom de « Vot’Action ». « Un référendum est organisé par l’entreprise qui utilise les listes de tous les personnels. Nous allons organiser une consultation syndicale et donc cela n’aura de valeur que par rapport aux personnes qui se seront exprimées. Nous souhaitons ainsi contrecarrer les propos du président de la SNCF qui affirme que seuls 20 % des cheminots sont en grève et que 80 % soutiennent la réforme », explique à La Vie du Rail Roger Dillenseger.

« L’unité syndicale est toujours d’actualité », a affirmé Laurent Brun, le secrétaire national de la CGT-cheminots, à l’issue de la réunion de l’intersyndicale. Pour Bruno Poncet, de SUD-Rail, le lancement du « Vot’Action » est « un moyen donné à nos collègues d’exprimer leur opposition à cette réforme ».

Interrogé par Le Parisien du 11 mai, Guillaume Pepy a estimé que ce référendum n’aura « aucune » légitimité, le Parlement ayant seul le pouvoir de décider. « La réforme ferroviaire est un sujet qui ne concerne pas que l’entreprise mais tous les Français et qui sera tranché par les élus nationaux dans quelques semaines », a expliqué le patron de la SNCF.



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