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Paris. Quand la SNCF popularise l’art vandale

8 octobre 2017
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Par : Samuel Delziani

De la rue de l’Évangile, le premier signe marquant l’existence de l’Aérosol, un lieu d’exposition éphémère installé depuis début août dans la halle de messagerie d’une ancienne gare de marchandises du nord de la capitale, est la présence de drapeaux aux couleurs de la SNCF. Cet espace de 1200 m2 d’entrepôts vides et de 3800 m2 de terrasses accueille une exposition de « street art », ainsi qu’un bar, des « food trucks » et toutes sortes d’événements musicaux. Les visiteurs qui désirent vider les bombes de peintures qu’ils auront préalablement achetées dans une boutique hébergée sur place peuvent le faire sur des murs en libre accès. Le site Hébert est le 17e site artistique temporaire lancé par SNCF Immobilier. Ouvert jusqu’en janvier 2018, l’Aérosol doit ensuite laisser la place à un grand projet urbain mêlant des logements, un groupe scolaire, une crèche et 4000 m2 d’espaces verts. Le quartier va être repensé en profondeur.

Inauguré le 31 août dernier par Benoît Quignon, directeur général de SNCF Immobilier, Mathias Vicherat, directeur général adjoint en charge du projet d’entreprise et de la communication du Groupe SNCF, en présence d’Éric Lejoindre, maire du XVIIIe arrondissement de Paris, l’Aérosol a déjà rencontré un large public, attirant notamment de nombreuses familles les week-ends.

Tel Janus, la SNCF présente deux visages. D’un côté, elle demande de lourds dommages et intérêts et engage, avec sa filiale SNCF Propreté, un bras de fer permanent pour effacer la production des graffeurs. D’un autre côté, elle multiplie les tentatives d’encadrement du phénomène en organisant des événements ponctuels avec des artistes de renom. Le « street art » est à la mode, ce concept fourre-tout, mais socialement plus acceptable que celui de tag et graffiti, recouvre pourtant pratiquement la même réalité. Le discours semble être: vive le « street art », à mort le graffiti!

Vive le « street art »! En gare de Paris-Nord, des « street artists » sont invités à peindre et à exposer en octobre 2015. À Paris-Austerlitz, cinq wagons d’un train de fret, soit 120 m du train, ont été peints en présence de cheminots assurant la sécurité de l’opération en octobre 2016.

À mort le graffiti! Procès retentissants, où la SNCF se porte partie civile, réclamant de très importants dommages et intérêts, notamment au titre du « préjudice d’image », ce qui peut sembler paradoxal. En 2003, la SNCF va même jusqu’à assigner plusieurs magazines spécialisés, comme Graff It ou Blazing Graffiti Magazine. Déboutée par le tribunal, la SNCF envoyait tout de même un message clair: la guerre contre le vandalisme est totale et déborde même du terrain des dépôts et des emprises ferroviaires.

Depuis le 1er septembre, une sélection de peintures issues de collections privées est présentée dans un petit musée mis en place par l’association Maquis-Art qui oeuvre à la promotion du graffiti au coeur de l’ancienne halle de messagerie. Plus de 400 oeuvres signées par les plus grands noms de cet art urbain comme Seen, Crash, JonOne, Dondi, Invader, Keith Haring, Bansky, Phase2 ou encore Iz the Wiz. La plupart d’entre eux ayant largement arpenté les réseaux ferrés de la planète pour peindre en toute illégalité. N’est-il pas illusoire de penser que l’on peut offrir un espace légal d’expression pour le graffiti, encadrer sa pratique, tant l’aspect action clandestine et illégale est une donnée centrale de ce mouvement artistique. Pour ces artistes, c’est plus qu’une peinture, c’est avant tout une « performance ». Pas certain que cette tentative de réconciliation entre culture graffiti et entreprise ferroviaire porte ses fruits, brouillant quelque peu le message de la SNCF. Mais elle a tout de même le mérite de tenter une autre voie que le 100 % répressif, un modèle qui a également montré ses limites.

Infos pratiques :

L’Aérosol. 54, rue de l’Évangile, 75018 Paris

Site Web : laerosol.fr

Entrée gratuite les mercredis et jeudis de 16h à 23h et du vendredi au dimanche de 12h à 23h. Entrée pour le Maquis-art Hall of Fame: 5.

Entrée gratuite le 1er dimanche de chaque mois.



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