© Cécile Nangeroni - Photorail

La gare sera entièrement reconfigurée d’ici à deux ans.

Rennes.La métropole se métamorphose à grande vitesse

12 juin 2017
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Par : Cécile Nangeroni

Les projets tous azimuts de Rennes représentent deux milliards d’euros d’investissement entre 2015 et 2020. La gare, immense chantier à ciel ouvert, en est une belle illustration.

Le ciel de Rennes est hérissé de dizaines de grues. Crise ou pas crise, la capitale bretonne, désormais à 1 heure 25 de Paris a fait le choix d’investir massivement dans ses infrastructures et équipements : environ deux milliards d’euros entre 2015 et 2020. Grâce à la complémentarité avec les TER, « toute la métropole se trouve à moins de 2 heures de Paris », souligne la SNCF. D’ailleurs, Rennes Métropole a lancé mi-mai sa campagne « Passez à l’Ouest », dans l’espoir d’attirer jeunes actifs, chefs d’entreprise ou investisseurs franciliens sur son territoire. La plupart des grands projets ont été enclenchés vers 2008. Ligne B du métro, pôle d’échanges multimodal qui transformera la gare en temple des transports, quartier d’affaires EuroRennes destiné à accueillir 7 000 emplois, ainsi qu’une foule de programmes immobiliers expliquent la présence massive d’engins de chantier en ville. « Tout n’était pas complètement dépendant de la grande vitesse, mais tout bénéficiera de la LGV, explique Jean-Luc Gaudin, vice-président chargé de l’Aménagement à Rennes Métropole. Une fois posée la question de la capacité, donc de la refonte de la gare appelée à doubler son trafic, survenait immédiatement celle du quartier l’avoisinant, appelé à vivre autre chose alors qu’il n’avait pas été revu depuis des dizaines d’années. » « La métropole développe une vraie stratégie territoriale depuis des décennies, confirme Henri-Noël Ruiz, président de l’agence d’urbanisme locale (Audiar). Toutes les études montrent que la grande vitesse est un accélérateur de dynamiques préexistantes, en positif ou en négatif… »

Une dynamique positive

Or, depuis une vingtaine d’années, les voyants sont au vert dans cette métropole de 450 000 habitants : une croissance démographique de l’ordre de 1 % par an ; un taux de chômage de 8,3 % ; pas de quartiers véritablement sensibles, la ligne A du métro ayant désenclavé les zones d’habitat social comme Villejean ; et une dynamique de création d’emploi notamment grâce au numérique qui a permis d’absorber sans heurt la perte de 4 000 emplois des usines PSA… Autre moteur, l’enseignement supérieur et la recherche attirés notamment grâce à la nouvelle cité internationale. « Pour entretenir la dynamique, il faut rester proactif », souligne le patron de l’Audiar. Parmi les explications du succès, l’urbanisme parfaitement maîtrisé de la « ville archipel » et de sa ceinture verte, un véritable cercle vertueux.

Dans le quartier EuroRennes, autour d’une gare qui sera entièrement reconfigurée d’ici à deux ans, les premiers immeubles sortent de terre. Avec lui, le centre de Rennes s’étendra davantage au sud, comme il s’étirera à l’est avec le quartier en construction de Baud-Chardonnet, au bord de la Vilaine. Cette année sera marquée par l’ouverture des premiers espaces de la gare et du parking sud agrandi, ainsi que la livraison de l’îlot Trigone comprenant les programmes Eurosquare (cinq niveaux d’activités et de bureaux sur 5 900 m² et trois étages pour 31 logements) ainsi qu’Urban Quartz (bureaux, commerces, parking de , 100 places, un jardin intérieur). La vision actuelle, calée sur un horizon à dix ans, mise sur un total de 130 000 m² de bureaux, 30 000 de commerces et services, 115 000 m² de logements, et 9 500 d’équipements et 10 000 m² d’hôtellerie. Démesuré ? « Rien d’aberrant sachant que le marché du neuf c’est environ 50 000 m² de bureaux chaque année sur un total de 90 000 m² », calcule Jean-Luc Gaudin. Quant aux habitations, ce sont les objectifs du Scot « pour une croissance démographique qui ne se dément pas. Il y aura 1 500 logements en plus, à comparer aux quelque 4 000 livrés chaque année dans les 43 communes ».

Attirer les Franciliens

« L’ambition est de devenir la plateforme nearshore de Paris, résume Henri-Noël Ruiz. Les promoteurs prennent des risques mesurés avec une off re premium et hyperconnectée à destination des entreprises franciliennes qui pourraient délocaliser certains services, et alors que 1 000 emplois se créent ici chaque année dans le numérique. » Rennes compterait déjà quelque 150 000 navetteurs avec Paris, au quotidien ou deux jours par semaine. La LGV pourrait être un formidable accélérateur. « Elle pourrait changer l’approche centralisatrice de Paris, confirme Jean-Luc Gaudin. Nous comptons aussi sur le boom du télétravail… On ne s’attend pas à un raz de marée, ce qui ne serait pas souhaitable d’ailleurs. »

En se positionnant en synergie avec la région, et même avec Nantes, la métropole joue aussi la carte de la « fonction assurantielle sur le marché de l’emploi », dit Henri-Noël Ruiz. En clair, peu de risque de chômage en suivant son conjoint à Rennes. Il manque cependant encore une corde à l’arc de la métropole, c’est le tourisme. Et c’est sa dernière ambition.

Un dessein qui lui a fait revitaliser son centre historique, aménager ses berges… Le tourisme d’affaires paraît gagné à en croire le carnet de réservation du Centre des congrès du couvent des Jacobins qui ouvre en 2018. « On espère un tourisme de loisirs également, rapporte Henri- Noël Ruiz. Nous sommes la porte d’entrée de toute la Bretagne, nous aspirons à profiter de la proximité avec Saint-Malo, Nantes, La Baule, le Mont-Saint- Michel… »

Quant aux nombreux programmes de renouvellement urbain et de conquête des berges du fleuve et de sa rivière, il serait trop long de les lister. « Nous aurons revisité à peu près toutes les poches qui se devaient d’être renouvelées, les logements vétustes… », estime Jean-Luc Gaudin.

Pour réussir son pari, Rennes avait bien besoin d’un hub de transports. Croisant la première ligne à la station Gares, la ligne B du métro parachèvera la desserte des transports en commun. Car en dépit de sa performance et de son succès, la ligne A n’a pas réussi à endiguer le flot automobile ni les pics de pollution. Une faiblesse qu’elle entend transformer en force en promettant de devenir le laboratoire à ciel ouvert des mobilités connectées, avec InOut, une manifestation à vocation internationale dont le premier rendez-vous est fixé à mars 2018.



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