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© Regis Chessum

Élections professionnelles. Les enjeux d’un scrutin inédit

9 novembre 2018
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Par : Propos recueillis par Anne Jeantet-Leclerc

Du 16 au 22 novembre, les cheminots sont appelés à voter aux élections professionnelles. Le scrutin revêt cette année une importance particulière. Il fait suite à la réforme ferroviaire impulsée par le gouvernement, contre laquelle les organisations syndicales et de nombreux cheminots se sont élevés sans parvenir à la faire échouer. De plus, les élections ont lieu après la fusion des instances représentatives du personnel, décidée par les ordonnances réformant le Code du travail. Les cheminots disposaient de 31 CE (comités d’entreprise), de 600 CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) et d’environ 250 instances DP (délégués du personnel). Tout est fusionné en 33 CSE (comités sociaux et économiques). De ce fait, la comparaison avec les scrutins précédents sera difficile à faire. Reste que tout le monde se demande si, après l’échec de la grève, la CGT et SUD Rail, les deux syndicats « contestataires » vont continuer à totaliser à eux deux plus de 50 % des voix, comme c’était le cas à l’issue du précédent scrutin, en novembre 2015.

Les résultats des élections professionnelles de novembre 2015

CGT : 34,33 %

UNSA : 23,86 %

SUD Rail : 16,83 %

CFDT : 15,15 %

FO (avec CFE et First) ayant obtenu moins de 10 % des voix (9,16 %) n’était pas considéré comme représentatif.

2/4 : Entretien avec Roger Dillenseger, secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire « Les changements accomplis de fond en comble justifient qu’on ne parle plus d’évolution, mais de révolution du ferroviaire. »

La Vie du Rail. Quel bilan tirez- vous des trois mois de grève ?

Roger Dillenseger. Le conflit du printemps dernier aura été un moment fort, voire historique de l’activité syndicale ferroviaire. En s’attaquant aux fondamentaux de ce qui, durant 80 ans, a été le système ferroviaire français, avec toutes ses composantes, notamment durant les deux conflits mondiaux, le gouvernement a fait le choix de détruire le dernier service public. Nos orientations syndicales sont claires, notre fédération a tout mis en oeuvre pour préserver les garanties sociales des cheminots. Mais faire croire qu’on peut s’opposer au nouveau pacte ferroviaire en demandant l’abrogation de la loi, ce n’est pas réaliste, c’est mentir… Nous n’avons certes pas été en mesure de remettre en cause le choix dogmatique du gouvernement. Toutefois, dans le cadre de notre politique contractuelle favorisant la négociation, nous avons su, par la proposition d’une quarantaine d’amendements à l’Assemblée nationale et au Sénat, faire évoluer positivement le texte de loi en contribuant à construire le nouveau cadre social. Nous avons notamment pesé fortement sur les questions de la prise en compte de la rémunération et sur le principe du volontariat en cas de transfert des personnels. En ce sens, nous avons respecté le mandat de ceux qui nous accordent leur confiance par leur vote.

LVDR. Quelles sont vos attentes en vue des prochaines élections professionnelles ?

R. D. Les élections professionnelles à la SNCF sont traditionnellement un moment très important. Cette année, elles auront une importance encore plus marquée, car elles se dérouleront dans un contexte de « chamboule-tout » du ferroviaire : changement de statut de la SNCF, nouveau périmètre social avec la création des comités sociaux et économiques (CSE), ouverture à la concurrence… Les changements accomplis de fond en comble justifient qu’on ne parle plus d’évolution, mais de révolution du ferroviaire. Et les changements vont s’opérer à un rythme beaucoup plus rapide que ce que nous avions connu jusqu’à présent. C’est pourquoi ceux qui plaident pour l’immobilisme se trompent. À l’UNSA Ferroviaire, nous sommes conscients que le changement intervient à la fois l’intérieur et à l’extérieur. Nous sommes pour le pragmatisme par rapport à la réalité observée en France, en Europe. Le scrutin de novembre sera le baromètre de notre action syndicale, je considère que ma fédération a « fait le boulot » que les cheminots attendent de nous. Les retours que je perçois me laissent croire que cela devrait se traduire positivement dans les urnes.

LVDR. Quelle est la position de l’UNSA Ferroviaire sur la réforme de la représentativité syndicale ?

R. D. Depuis 1982, les lois Auroux cadrent le dialogue social dans les entreprises. La mise en place du comité social et économique (CSE) consiste en une remise en cause totale de pratiques de dialogue social en cours jusqu’alors. Dans le cadre des concertations menées avec le ministère du Travail en amont des ordonnances afférentes à la loi Travail, nous avons pu exprimer que le CSE était une solution intéressante notamment pour des entreprises de taille moyenne implantées sur un périmètre limité. Mais pour une entreprise comme la SNCF avec 150 000 salariés, 480 métiers différents, implantée sur le territoire national, le CSE n’est pas en capacité de traiter pragmatiquement ces prérogatives. La solution réside dans la capacité à négocier la mise en place de représentants de proximité dans le cadre d’un « accord CSE », en cours de négociation. Nous saurons mesurer dans ces négociations la volonté de la direction de la SNCF à vouloir construire un dialogue social de qualité [ndlr : à l’heure où nous écrivions ces lignes, les négociations sur l’accord CSE se poursuivaient et une réunion devait avoir lieu le 7 novembre].

LVDR. Par rapport à la réforme ferroviaire, que demandez- vous aux pouvoirs publics ?

R. D. Cette nouvelle réforme du ferroviaire est de nature à transformer la SNCF, comme le souhaite le président Guillaume Pepy, en une entreprise comme les autres. Nous considérons que le marché ne peut à lui seul réguler les besoins de transports ferroviaires dans notre pays. En effet, l’ouverture à la concurrence, notamment pour les trains en open access pourrait se concentrer exclusivement sur les lignes rentables au détriment de celles qui le seraient moins. La notion de péréquation économique pour une offre ferroviaire globale serait ainsi compromise et conduirait inexorablement vers une attrition de l’offre. Il appartient à l’État d’assumer réellement son rôle d’État stratège et de définir clairement sa politique d’aménagement du territoire.

LVDR. Selon vous, quels peuvent être les thèmes mobilisateurs pour faire revivre l’unité syndicale ?

R. D. Dans un contexte particulier de mise en place des comités sociaux et économiques, de nouveaux découpages géographiques tant de la SNCF que des instances représentatives, la campagne électorale en vue des élections professionnelles de novembre est particulièrement dure. Selon nous, cette campagne laissera des traces dans les relations intersyndicales de nature à hypothéquer durablement la capacité d’un travail en intersyndicale dans les mois à venir.

LVDR. Quelle est votre position sur la future réforme des retraites ?

R. D. La question des retraites des cheminots est intimement liée au statut des cheminots. Depuis 2008, les conditions de retraite des cheminots se sont déjà rapprochées sensiblement du régime général. Avec la fin du recrutement au statut au 1er janvier 2020 les particularités des cheminots disparaîtront totalement et la réforme généralisée des retraites impactera une nouvelle fois le corps cheminot qui aura donc, en une décennies subit trois réformes consécutives. Tout laisse à penser qu’une nouvelle réforme sera de nature à dégrader le niveau social des futurs retraités. Pour l’UNSA Ferroviaire, nous mettrons tout en oeuvre afin de préserver les acquis sociaux pour les retraités actuels et futurs.



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