Le syndicat souhaite élargir sa cible, en s’adressant désormais aussi à tous les citoyens. Notamment avec un « gratuit », au titre qui sonne comme un écho au journal Les Infos.
La CGT Cheminots veut parler en direct aux Français. Diffuser ce qu’elle appelle « la vraie info ». Un clin d’oeil au magazine de communication Les Infos que diffuse en interne le groupe SNCF récemment relayé par Le Monde pour révéler les plans d’Emmanuel Macron concernant la retraite des agents ? En tout cas, lors d’une conférence de presse le 18 septembre, Laurent Brun, le patron de la fédération des cheminots, annonce que son syndicat va « s’adresser directement aux populations, aux usagers ». À cette fin, il distribue un véritable journal, intitulé La Vraie Info et tiré à 500 000 exemplaires. Il faut que « les usagers se réapproprient le chemin de fer ». Toutefois, cette « communication à sens unique pour amorcer le débat » n’est pas pour l’instant destinée à devenir régulière. Malgré son titre et sa présentation, La Vraie Info ne ferait pas « référence aux Infos », selon Cédric Robert, le secrétaire fédéral à la communication. Les usagers en sont « la première cible », ils n’en sont pas les seuls destinataires.
« Qui veut la peau de la SNCF ? » demande le syndicat en Une de cette édition spéciale. Il considère que la question se pose avec cette « brutalité » alors que « de nouvelles attaques contre le service public ferroviaire se dessinent ». Notamment la proposition de loi que leurs porteurs, les deux sénateurs Louis Nègre (LR) et Hervé Maurey (UDIUC), espèrent voir au palais du Luxembourg dès octobre prochain. Pour Laurent Brun : « La concurrence n’apporte aucun bénéfice et elle n’est globalement pas demandée par les usagers ».
Le projet des sénateurs, selon le syndicat, conduit « tout droit la SNCF sur la voie de la privatisation ». Alors que « la question de la dette n’est toujours pas réglée » et que « la production ferroviaire subit les assauts répétés d’une direction pro business », écrit-il dans le communiqué annonçant les explications de textes que la CGT Cheminots entend désormais livrer elle-même à l’adresse des citoyens. Parce que « Le service public ferroviaire, qui appartient à la nation, […] doit faire l’objet d’un débat public sérieux à partir des besoins des populations ». Et parce qu’il redoute « l’opprobre » et la « stigmatisation » des cheminots si les usagers ignorent des enjeux qui les concernent. Le syndicat considère aussi qu’est resté jusqu’ici trop discret le travail de contre-propositions qu’il fournit depuis 2014 pour une autre réforme du système ferroviaire.
Laurent Brun en profitait pour indiquer que la CGT enverrait une délégation aux Assises de la mobilité. Même si « pour l’instant, il n’est pas prévu que les organisations syndicales y soient intégrées ». Le secrétaire général des cheminots s’exprimait au siège de la CGT à Montreuil. Une conférence de presse annoncée dès le lendemain matin de la première journée de mobilisation du 12 septembre contre la nouvelle loi Travail. En parlant elle aussi directement aux gens, la CGT Cheminots semblait bien s’inscrire dans la stratégie d’ensemble du syndicat pour occuper toute sa place sur le terrain de la contestation sociale nationale.