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    La Protection mutuelle, présidée par M. Olivier, doyen le plus respecté et le plus populaire de nos mutualistes.

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    Le nouveau siège inauguré en 1936 par M. Albert Lebrun.

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    Avec une légitime fierté, M. Bourgeat, président de la Fraternelle, nous a entretenus de cette grande oeuvre.

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    La Protection mutuelle a installé son dispensaire médico-chirurgical dans son siège même, place des Peupliers, à Paris.

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    Avernes et Le Vésinet, deux établissements qui font honneur à l’Orphelinat national des chemins de fer.

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    M. Roche, président de l’Orphelinat Flamand (5 484 orphelins secourus en 1938).

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    Le Préventorium marin d’Asnelles où 1 650 enfants de cheminots sont déjà venus recouvrer la santé.

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    Les trois maisons du Refuge des Cheminots􀀀: La Foulerie, La Gorge Noire, Les Oliviers (sur la photo).

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    La récente fête de Champorosay, plusieurs de ses collègues des autres Associations : MM. Olivier, Patrault, Guibert et Bouzinac.

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    La Foulerie à Saint-Martin-d’Ablois, l’une des trois maisons de retraites du Refuge des cheminots. Et, ci-dessous, La Gorge Noire, à Saint-Loup, à côté de Marseille.

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    Le Préventorium marin d’Asnelles, de l’association Le Préventorium des enfants des chemins de fer français a acueilli 1 650 enfants de cheminots.

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    La croix du Mérite social vient à être remise à M. Rosset, président du Refuge, par M. Broquelet, directeur au ministère du Travail.

Il était une fois dans La Vie du Rail – 24) Chez nos cheminots mutualistes

13 juillet 2018
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Une nouvelle section animée par vous et pour vous, elle va nous permettre de revisiter l’histoire cheminote. Celle d’il y a 10, 20, 30, 40 ans…

Profitez de nos archives en nous signalant ce que vous souhaitez relire et redécouvrir. Retrouvez les nouveaux matériels, les grands travaux, les événements qui ont marqué la SNCF… Une plongée dans l’aventure du rail.

Faites-nous savoir vos envies dès à présent en nous écrivant au 29, rue de Clichy, 75009 Paris ou par mail à : margaux.maynard@laviedurail.com ou en commentant cet article.

24) Chez nos cheminots mutualistes

« Le Français, a écrit un humoriste, est un animal qui sécrète l’épargne ». Ne pensez- vous pas que, pour bien s’appliquer à nous, gens du rail, cette boutade devrait dire aussi que le Cheminot sécrète la prévoyance et la mutualité? Déclaration qui rejoindrait en quelque sorte celle dont voulait bien nous honorer un de nos ministres des Travaux publics lorsqu’il disait à l’issue d’un de nos congrès mutualistes: « Nulle part, les oeuvres ne sont aussi belles que dans votre corporation ». Le présent reportage répondrait à son but, chers lecteurs, s’il pouvait vous démontrer que, loin de vouloir nous flatter, ce ministre ne faisait qu’exprimer la simple vérité.

 

Il ne peut s’agir d’un inventaire complet qui nous mènerait bien loin : sait-on qu’il existe, en effet, une cinquantaine de sociétés de cheminots mutualistes, représentant un total de 400 000 adhérents ? Si nous ne passions en revue que les principales, il ne faudra donc pas conclure que Notre Métier a voulu tenir à l’écart celles dont les effectifs sont modestes. Il sait fort bien que le dévouement qui s’y dépense ne le cède en rien à celui qui anime les grandes associations, celles qui ont créé des sections sur toute la SNCF et parfois même jusqu’aux colonies.

Que de choses touchantes Notre Métier n’aurait-il pas à dire s’il pouvait reproduire complètement les déclarations que lui ont faites les présidents des huit ou neuf grandes associations mutualistes ? OEuvres pour les orphelins, lutte curative et préventive contre la tuberculose, les fléaux sociaux, l’alcoolisme, oeuvres de prévoyance avec leurs secours de maladie, leurs secours au décès, leurs constitutions de retraites, pécules, dots, etc., oeuvres pour nos vieux retraités, tout a été prévu. Et c’est véritablement une récolte impressionnante qui se présente, admirable résultat de ces sentiments de solidarité qui jouent depuis qu’il existe des cheminots et qui font de la mutualité.

Il y aura 60 ans, l’an prochain, que naissait l’association Fraternelle(1), doyenne de nos grandes associations mutualistes. C’est le 10 novembre 1880, en effet, que Charles Burger, employé à la Petite Ceinture obtint l’autorisation ministérielle sanctionnant l’existence légale de son jeune groupement.

« Après Burger, mort en 1882, je suis le quatorzième des présidents qui se sont succédé à la Fraternelle, nous déclare M. Bourgeat, qui nous entretient avec une légitime fierté de cette grande oeuvre : « Avec ses 127 800 adhérents passés, notre association recueille maintenant les fruits de sa gestion prudente : elle vient de recevoir cette année, comme récompense exceptionnelle, un prix de l’Académie française. Pendant le dernier exercice, nous avons réparti 8 millions et demi, ce qui porte à 138 millions les sommes versées depuis notre fondation : en retraites, assurances, dots, allocations de maladie et de maternité, secours aux orphelins.

« Voyez-vous, la force de notre Association, c’est que nous ne voulons connaître qu’une seule hiérarchie, celle du dévouement.

« À ce sujet, je serais content que Notre Métier rappelât – ou plutôt apprit à beaucoup de ses lecteurs – que la Fraternelle n’est jamais restée insensible en face des calamités publiques ; c’est ainsi, notamment, qu’elle a secouru, en 1885, les victimes de l’épidémie cholérique ; en 1902, les sinistrés de la Martinique ; en 1906, les victimes de la catastrophe des Mines de Courrières. Elle est venue en aide lors des inondations de 1910 à 1 700 familles de cheminots, de la région parisienne ; en 1931, à 416 familles, sociétaires ou non, victimes des inondations de la région de Montauban. Ce geste devait être renouvelé, en 1935, à l’occasion des crues de la Vaucluse et, en 1936, lors de la famine qui dévasta la régence de Tunis. Enfin, pendant la guerre, nous avons subventionné de multiples oeuvres, et souscrit largement aux emprunts de défense nationale ».

On reconnaîtra que la doyenne de nos oeuvres a de remarquables états de services et de fort beaux titres de noblesse aussi.

Fondée 3 ans plus tard, en 1883, La Protection mutuelle(2) compte actuellement à son effectif environ 95 000 cheminots. Elle a le privilège d’être présidée par le doyen le plus respecté et le plus populaire de nos mutualistes, celui qui, modeste cheminots débutant en 1887, devait s’élever aux sommets de la hiérarchie, recevoir la cravate de la Légion d’honneur, les fonctions de maire du XIIIe arrondissement : nous avons nommé le président Olivier, pilote dont les avis et les conseils se prodiguent si heureusement depuis de longues années aux mutualistes des nouvelles générations.

À ses sociétaires, la Protection mutuelle verse, contre une cotisation mensuelle de 10 francs, des indemnités en cas de maladie ou d’accident, des indemnités de naissance et de décès et des allocations annuelles renouvelables aux sociétaires âgés de 50 ans au moins, s’ils ont cotisé pendant 15 ans.

« Quant à notre Institut d’hygiène sociale, que tous les cheminots connaissent bien, nous a exposé M. Olivier, il résulte de la politique d’action préventive menée par la protection mutuelle depuis le début du siècle. Cette action qui vise en particulier les maladies ayant un caractère contagieux s’exerce par écrits, par conférences, et elle se trouve concrétisée dans ce dispensaire médico-chirurgical que nous avons installé à notre siège même. Il est ouvert à tous les membres de l’association en activité ou retraités, à leurs femmes, à leurs enfants et, pour vous donner une idée de son utilité, je vous dirai qu’en 1938, 25 000 consultations, interventions, radios, analyses, y ont été effectuées.

« Comment n’évoquerais-je pas aussi cette « Maison de Repos » d’Etrembières que nous avons fondée non sans mal, mais que nous avons la joie aujourd’hui de voir utiliser en grand par notre Société nationale.

« On dit que la foi peut faire déplacer les montagnes. Et le profond sens mutualiste de nos troupes ? Ne pensez-vous pas qu’il constitue un magnifique exemple de foi persévérante et agissante ? »

L’Orphelinat des chemins de fer Français (3), s’apprête à fêter dans deux ans son cinquantenaire : c’est en effet en 1891 qu’un modeste employé du PO, Edmond Flamand, fondait cette oeuvre qui est peut-être la plus touchante, la plus généreuse de toutes, « car chez nous, déclare le président Roche, 110 000 adhérents cotisent fidèlement, bien qu’avec le ferme espoir de ne jamais devenir des “parties prenantes” ».

« Mais quel père de famille, une fois entré chez nous, pourrait se désintéresser de ces passionnantes réalisations en faveur de l’enfance orpheline et malheureuse ? Me permettrez-vous quelques chiffres ?

« Depuis 1891, notre Orphelinat Flamand a secouru un total de 29 000 enfants et a versé pour eux 52 millions de francs.

« Pour la seule année 1938, nous nous sommes occupés de 5 484 orphelins et les sommes dépensées de ce chef ont atteint 4 000 000 francs.

« À ces chiffres il faut ajouter l’aide morale, les trésors de sollicitude que mes dévoués collaborateurs de l’oeuvre prodiguent à “leurs orphelins”. Car nous ne nous bornons pas à l’aide matérielle que peuvent apporter des bourses d’études ou d’apprentissage. Nous surveillons attentivement chaque année les résultats et en 1938, par exemple, nous avons eu la satisfaction de noter parmi nos pupilles :

« 3 admis aux Ecoles normales d’instituteurs, 1 licencié, 3 bacheliers, 5 brevets simples, 1 brevet de l’enseignement supérieur, une admission au concours de sagefemme, une au concours d’infirmières…

Le président Roche nous remet un numéro du bulletin officiel qu’il publie, lui aussi, pour ses adhérents, comme la plupart de nos grandes associations mutualistes : « tenez, voyez comment nous voulons encourager nos pupilles les plus méritants. À notre fête annuelle, nous réunissons toujours au milieu de nous les 12 lauréats du concours annuel des orphelins. Lisez ce palmarès qui fut proclamé le 25 mars dernier par M. le président Guinand lui-même ».

Et ce sont d’émouvantes citations : « Aînée de 8 orphelins de mère, lisons-nous pour la lauréate n° 1, Marie-Louise, qui fait l’admiration des voisins par son courage, son travail et sa tenue, veille seule aux soins du ménage et de la cuisine pour ses cadets et pour le papa, manoeuvre à la Traction de la région de l’Est ».

– Vraiment vous ne pouviez mieux, Monsieur le président, nous faire ressentir la noblesse de vos efforts et la sincérité de ce slogan, que – soit dit en passant – vous reproduisez en caractères trop modestes sur la couverture de votre bulletin : « Le premier meuble à acheter par de jeunes mariés cheminots, c’est un livret de sociétaires de l’Orphelinat des chemins de fer français. »

« Vous définir notre “Assurance mutuelle des agents des chemins de fer français”(4), oh ! c’est très simple, déclare le président Bouzinac, que Notre Métier retrouvera d’ailleurs tout à l’heure pour l’interviewer sur le Comité d’entente des grandes associations mutualistes qu’il préside, cette année.

« Notre assurance mutuelle, – plus de 40 ans d’âge et 22 000 adhérents – se porte fort bien. Elle n’a d’ailleurs qu’un programme bien limité : verser une allocation, prévue par notre barème, au conjoint du sociétaire décédant avant 25 ans de versement. Quant aux sociétaires qui demeurent en vie – et ils sont nombreux, heureusement – nous leur remettons, après leurs 25 ans de versement, une somme forfaitaire ou, s’ils préfèrent une rente à capital réservé ou aliéné. Formule aussi peu compliqués que possible et qui, sans doute pour cela, connaît toujours un grand succès : depuis le début nous avons pu verser pour plus de 2 millions de francs de secours et nous possédons à peu près la même somme dans notre fonds de réserve. »

Avec M. Beauchamps, de La Santé de la famille (5), nous aborderons maintenant les sociétés nées après 1900. M. Beauchamps nous a si bien documentés – et convaincus – lors d’une visite que nous faisions récemment avec lui à son « Parc des Loisirs » d’Achères, qu’il nous suffira de retracer ici l’essentiel de notre entretien :

– Votre si utile oeuvre, Monsieur le président, est-elle suffisamment connue ? La Santé de la famille porte sur tous ses tracts, publications – et notamment sur son remarquable journal mensuel – le sous-titre de « cheminots luttant contre l’alcoolisme et la mauvaise hygiène ». Cependant, nombreux sont ceux qui vous traitent un peu ironiquement de « buveurs d’eau ». N’est-ce pas dénaturer votre mouvement, car enfin l’on peut, je crois, être des vôtres sans pour cela renoncer à boire du vin ?

Bien sûr, nous n’entendons faire violence à personne et nos membres peuvent à leur gré se ranger dans les catégories suivantes : les sympathisants, les adhérents, les actifs tempérants et enfin les abstinents militants.

« Il n’y a que ces derniers qu’on pourrait traiter de buveurs d’eau, et encore ! Nous avons les jus de fruits et notamment les jus de raisins non fermentés dont nous vulgarisons la consommation. Et ceci vous montre qu’on a tort de nous accuser parfois de travailler contre la viticulture. Je suis né dans un pays de vignobles et je n’ai jamais renié mes origines mais, comme je le disais un jour à un éminent contradicteur : des deux enfants de la vigne, l’alcoolique (le vin) et celui qui ne l’est pas (le raisin), nous préférons le second. En outre, je vous répète que nombre de nos 13 000 adhérents consomment du vin dans une mesure raisonnable ».

– En somme, si tout le monde mettait raisonnablement de l’eau dans son vin, « La Santé de la Famille » serait contente. –

« Oui, car c’est aujourd’hui à un danger plus grave qu’autrefois que nous avons affaire. On rencontre moins d’ivrognes « flagrants », mais croyez bien que le fléau subsiste : nous avons affaire de nos jours à l’alcoolisme qui ne dit pas son nom, qui prend sournoisement possession de celui qui, sans penser à mal, s’adonner régulièrement à l’apéritif, au petit verre et, à table, à une consommation anormale de vin. Cet alcoolisme-là est infiniment plus dangereux que l’autre. Au chemin de fer, où l’on ne badine pas avec la sécurité, nous pensons que notre lutte antialcoolique devrait rallier un très grand nombre de bonnes volontés et je dois, à ce propos, rendre hommage à M. le président Guinand qui ne cesse de nous encourager depuis son arrivée chez les cheminots.

– Qu’il soit permis à Notre Métier de rendre hommage à son tour à l’oeuvre personnelle que vous accomplissez, Monsieur le président, en vous imposant ces déplacements multiples que nécessitent votre propagande, vos cycles de conférences dans les écoles et ateliers d’apprentis de toute la SNCF. Vous accomplissez là certainement un intéressant travail en profondeur.

– « Oui, un travail véritablement passionnant, car je demeure persuadé de son utilité. Nos chers apprentis s’intéressent à nos cours. Je le constate par les compositions qu’ils me remettent et dont je récompense les meilleures.

– Vous préparez fort judicieusement ainsi vos cadres de l’avenir pour les nouveaux développements dont vous rêvez certainement pour votre oeuvre : la poursuite des aménagements de votre Parc des Loisirs à Achères, vos garderies scolaires, vos organisations pour le relèvement des buveurs – terme qui fait peut-être rire dans certaines sphères, mais que des pays voisins ont pris au sérieux, depuis longtemps. De même, pour vulgariser la consommation des jus de raisins, il vous faudra obtenir aussi que leurs prix soient plus abordables. N’avez-vous pas envisagé d’étendre, à cet effet, votre mouvement ? Pourquoi cette lutte antialcoolique reste-t-elle localisée dans le chemin de fer ? Pourquoi ne pas l’étendre, vous qui en êtes le pionnier, aux autres branches des Transports ?

– « Ceci est une autre histoire à laquelle nous avons déjà songé et dont nous pourrions reparler quelque jour», déclare en nous quittant M. Beauchamps. »

L’évolution de l’oeuvre Le Préventorium des enfants des chemins de fer français (6) comporte deux phases distinctes : de 1906, date de la fondation, à 1927, elle s’est occupée seulement d’envois en colonies de vacances, tandis que depuis 1928 elle s’occupe uniquement d’accueillir des enfants de cheminots dans son Préventorium marin d’Asnelles (Calvados).

Son président, M. Pairault, nous fait penser au légendaire Saint-Christophe portant sur ses fortes épaules le frêle enfant qui, sans lui, ne pourrait traverser la dangereuse rivière. L’enfant, mais c’est le petit pensionnaire d’Asnelles. Et le bâton dont s’aide le voyageur pour gagner la rive en sécurité ? C’est le dévouement de ses présidents de sections, membres du comité, dames patronnesses, receveurs, tous ceux qui, en accomplissant avec zèle des fonctions souvent effacées, sont en réalité l’âme de l’oeuvre.

Tous peuvent être justement fiers de la tenue de leurs établissements : le préventorium des garçons (112 lits) et celui des filles (100 lits), dans lesquels 1 650 enfants sont déjà venus recouvrer la santé.

« Aujourd’hui, s’il nous fallait tout reconstruire, c’est plus de 9 millions qu’il nous faudrait trouver, soupire M. Pairault en pensant aux difficultés qu’il a fallu vaincre. Mais si nos installations matérielles sont pour le moment bien au point, nous n’en avons pas moins besoin d’importantes ressources, car nous tenons essentiellement à un régime d’exploitation impeccable. Beaucoup de vos lecteurs ignorent peut-être qu’Asnelles n’est pas un préventorium quelconque.

« Nous avons pensé que, puisque l’enfant nous est donné pour un certain temps par sa famille, il faut réaliser dans notre préventorium la vie familiale aussi exactement qu’elle se présente auprès du père ou de la mère qui ne peut plus momentanément, s’occuper de leurs fils ou de leur fille. C’est un orphelin temporaire dont nous avons à nous occuper.

« Nos enfants sont donc répartis en 11 sections dont chacune est confiée à une infirmière qui s’occupe ainsi uniquement de 18 à 20 enfants au maximum, et s’en occupe d’une façon permanente. Cette infirmière de section s’occupe personnellement de leurs soins de propreté, les fait descendre aux repas, les sert elle-même et donne à chacun la ration ou le régime qui convient. Elle fait la classe, prépare, si besoin est, au certificat d’études. La même infirmière promène sa section et joue avec elle sur la plage ou dans la cour du préventorium, elle surveille constamment la tenue, les jeux. L’éducation est l’objet de ses soins constants, elle est seule à s’occuper de ce groupe d’enfants du matin jusqu’au lendemain, y compris la garde de nuit dans le dortoir où elle occupe un box au milieu même de ses enfants.

« Cette façon de faire permet à l’infirmière d’avoir toujours présents devant elle les 18 ou 20 enfants qui lui sont confiés. Rien de ce qui les concerne ne lui échappe, elle sait que tel de ces enfants doit avoir une ration supérieure ou différente de celle de son voisin. Elle sait que celui-ci a besoin de sérieuses séances de gymnastique, qu’au contraire celui-là doit en faire d’une façon plus modérée.

« L’infirmière est en même temps la conseillère, elle reçoit les confidences de l’enfant, est au courant des menus incidents de sa vie, connaît parfaitement son père et sa mère. Elle renseigne ainsi très facilement les parents aux jours de visite sur tout ce qui a pu arriver à l’enfant. »

Le président Pairault nous donne bien d’autres détails : « chaque année nous avons des succès au certificat d’études où la presque totalité des enfants présentés sont reçus en bon rang ; mêmes succès en éducation physique, puisque l’an dernier, nous avons eu le 1er prix au Concours de gymnastique du canton. Mais c’est à Asnelles même qu’il faudra venir un pour faire une enquête complète pour les lecteurs de Notre Métier. Je vous certifie que vous ne serez pas déçu. »

Que de chemin parcouru aussi par l’oeuvre Le Sanatorium des cheminots (7) depuis le 3 août 1921 qui vit admettre le premier malade dans son établissement de Ris-Orangis.

Aujourd’hui cette oeuvre, fondée pendant la guerre par l’Union nationale des cheminots à la mémoire des camarades tombés au champ d’honneur, groupe largement plus de 100 000 adhérents, dont la plupart n’ont à verser qu’une très modique cotisation, 6 francs seulement par an pour les membres actifs. Elle possède et gère trois établissements modèles, dont la parfaite tenue était solennellement proclamée à son récent congrès annuel par le ministre de la Santé publique : « Le Sanatorium des hommes, à Ris-Orangis et, à Champrosay, la section féminine et le Centre hospitalier Émile Lefebvre, – du nom même du regretté président qui sut donner à l’oeuvre une impulsion magistrale.

Son actuel président M. Calley est justement fier de nous parler de ses dévoués collaborateurs et du personnel d’élite qu’il emploie à Ris et à Champrosay. Fier aussi de certains chiffres caractéristiques. « Le Sanatorium des cheminots, nous dit-il, dispose maintenant d’environ 800 lits. Depuis l’origine le nombre des malades que nous y avons reçus dépasse 8 000. En 1938, nous avons soigné 457 malades, dont 231 à Ris, 92 au Centre hospitalier et 134 à Champrosay ».

Mais que de soucis, que de détails, que de préoccupations matérielles et financières pour assurer la marche impeccable d’une aussi importante organisation, où rien, absolument rien ne doit « clocher ». Où l’on ne cesse aussi de rechercher des améliorations nouvelles : témoin l’amicale récemment fondée à la section féminine de Champrosay, avec ses judicieuses oeuvres de réadaptation et de rééducation ; témoin aussi, pour les familles des malades, ce « Centre d’accueil » qu’organise actuellement l’oeuvre pour remédier au défaut d’hôtel et de restaurant à proximité des établissements de Champrosay.

Écoutons encore M. Calley : « La propagande ne saurait être trop poussée dans une oeuvre comme la nôtre où la question financière est toujours préoccupante. La hausse des denrées, le prix du charbon – et nous devons en consommer énormément l’hiver avec nos fenêtres ouvertes en permanence – autant d’éléments contre lesquels nous devons lutter. Nos loteries annuelles, fêtes, ventes de charité sont pour nous vitales. Tenez, à propos de ces dernières, me permettez-vous un appel à vos lecteurs ? Nous manquons trop souvent à nos comptoirs de ces charmants ouvrages de dames, lingerie, lainages, dentelles, etc. Et pourtant que de femmes et de jeunes filles pourraient dans ce domaine encourager nos efforts ! Pour certaines mamans, quelle belle leçon de bonté à donner à leurs filles ! »

Voici enfin Le Refuge des cheminots(8), fondé en 1926. C’est la plus jeune des grandes associations mutualistes cheminotes. Avec l’appui de ses 11 000 adhérents, elle s’occupe de créer et de gérer des maisons de retraites à l’intention des retraités cheminots, veufs ou mariés et des veuves de cheminots (même lorsque le mariage a eu lieu après la retraite).

Elle offre à ceux des nôtres qui restent seuls au déclin de la vie trois établissements agréables et confortables :

– La Foulerie, à Saint-Martin d’Ablois, près d’Epernay,

– La gorge Noire, à Saint-Loup, Marseille,

– Les Oliviers, au Cannet (Alpes-Maritimes), dans lesquels elle a déjà accueilli un nombre total de 444 pensionnaires.

À la tête de son conseil d’administration composé en majorité d’anciens agents dévoués et actifs, le président fondateur M. Rosset vient de céder la place à un tout nouveau retraité, M. Milan.

Celui-ci ne peut manquer de donner un essor nouveau à cette oeuvre si digne d’intérêt, qui ne demande à ses amis, elle aussi, qu’une cotisation modique de 6 francs par an.

Une visite s’imposant enfin à M. Bouzinac qui, cette année, préside le Comité d’entente des grandes associations mutualistes constitué en 1936 et qui groupe – à l’exception cependant de l’Orphelinat – toutes celles que nous venons d’évoquer.

– « Attention, nous dit avec son amicale rudesse le président Bouzinac, vous avez oublié l’OEuvre de Sancy – voyons Sancy-les-Cheminots ! – qui fait partie aussi de notre Comité d’entente. Il n’y a là que demi-mal, puisque la reconstruction de ce village, entièrement détruit par la guerre et cité à l’ordre de l’Armée, est chose faite depuis longtemps. Mais je ne suis pas fâché de rappeler que, là encore, sont passés des cheminots mutualistes, dont les collectes apportèrent plus d’un million à cette oeuvre patriotique».

Notre Métier n’a-t-il pas commis d’autres oublis ?

– « Pour ma part, je n’en aperçois pas et je pense que mes collègues considéreront comme moi que Notre Métier devait nécessairement se limiter. Vous nous redonnerez d’ailleurs l’hospitalité de vos colonnes ?»

– En douteriez-vous ? En préparant ce numéro, nous songions justement à la création d’une rubrique nouvelle qui pourrait s’intituler « Au Comité d’entente des grandes associations mutualiste ». Qu’en pensez-vous ?

– « Je pense que cette rubrique peut rendre de sérieux services à nos oeuvres. Mais, dites-moi, pour quel numéro serait le prochain « papier » ?… Quand faut-il le remettre ? …et de combien de colonnes pourrions-nous disposer ? »

– Envoyez donc vos « papiers » mon cher président, et Notre Métier s’arrangera toujours pour vous contenter.

En arrêtant là son exposé, Notre Métier serait incomplet, car des efforts méritoires se dépensent également au sein de groupements autres que les associations mutualistes proprement dites. Nous l’avons vu à propos des cheminots anciens combattants. Nous le constaterons encore à cet Orphelinat national des chemins de fer(9) que la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer s’honore d’avoir fondé et dont l’actif secrétaire général est M. Jaux, par ailleurs membre du Comité de Gestion de la Caisse de Prévoyance SNCF.

« Vous me prenez, nous dit-il, un peu au dépourvu car vous voyez un homme bien pressé ces jours-ci par la préparation de son assemblée générale, de sa fête annuelle, et aussi par la réception que nous faisons demain, à notre colonie d’Avernes, à MM. Guinand et Fillippi.

« Tenez, voici notre bulletin trimestriel, voici également notre collection de photos. Choisissez celles qui vous plairont pour Notre Métier. »

Légitimement fier de son oeuvre, M. Jaux nous commente ses photographies : « Voici des vues de l’établissement dont nous disposons à Avernes depuis 1911. Nous y avons environ 150 orphelins… Les voici aux séances d’éducation physique… vous les voyez ici avec leurs instituteurs – car nous avons chez nous des maîtres et des maîtresses du corps enseignant.

« Lorsque ces orphelins grandissent, quittent l’école, nous leur offrons, s’ils ne peuvent rentrer dans leur famille, notre « Foyer des Apprentis », au Vésinet. Dans ce « family-House » ouvert en 1931, nous abritons actuellement une trentaine de jeunes gens des deux sexes, auxquels nous faisons faire au dehors, l’apprentissage de divers métiers.

« Enfin quand nos pupilles quittent cet établissement nous continuons à veiller sur eux, qu’il s’agisse de les placer et parfois de les aider à se marier.

« Avec les secours aux orphelins restant confiés à la garde des familles, nous dépassons le chiffre de 1 500 enfants secourus, pour plus de 2 millions et demi de dépenses annuelles, dépenses auxquelles nous sommes heureux de voir la SNCF participer. »

Mais le secrétaire général nous avait dit qu’il était pressé. Il nous quitte sur ces édifiantes mais trop brèves déclarations – oui trop brèves, parce qu’il n’est guère, croyons-nous, de conversation aussi captivante, aussi utile que celle d’un Cheminot sincèrement dévoué aux oeuvres d’entraide.

 

(1) 21, 23, rue de l’Entrepôt, Paris (10e).

(2) 2 et 4, Place des Peupliers, Paris (13e).

(3) 132, Faubourg Saint-Denis, Paris (10e).

(4) Passage Delanos, 25, rue d’Alsace, Paris (10e).

(5) Impasse d’Amsterdam, Paris (8e).

(6) 21, rue du Bouloi, Paris (1er).

(7) 21, rue d’Amsterdam, Paris (8e).

(8) 2, rue Perrel, Paris (14e).

(9) 19, rue Baudin, Paris (9e).



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