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Il était une fois dans la Vie du Rail – 35) À Paris-Nord. Le dernier voyage de la Pacific

28 septembre 2018
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Par : Vauquesal-Papin

Une nouvelle section animée par vous et pour vous, elle va nous permettre de revisiter l’histoire cheminote. Celle d’il y a 10, 20, 30, 40 ans…

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35) Il y a 47 ans. À Paris-Nord. Le dernier voyage de la Pacific

La « dernière » Pacific française a sifflé pour un « dernier » départ le 26 mai 1971. Cette fois et sans rémission, nous avons été témoins de l’adieu officiel et définitif à la vapeur à la région du Nord.

Avant tout, remercions la Direction régionale d’avoir donné à ce dernier parcours un certain éclat tout en conservant à la cérémonie un caractère d’intimité dans le cadre d’un rendez-vous de famille. En effet, nombreux étaient ceux dont la carrière s’est déroulée sous le signe du « chaudron » et dans l’ambiance de ce voyage, que de souvenirs furent évoqués (la mémoire des anciens de la traction est prodigieuse). Souvenirs précis sur « leurs » machines, sur les collègues… sur ceux qui ne roulaient pas et qui paraissent – d’après les tractionnaires, bien sûr – avoir été créés- uniquement pour leur susciter des em… bêtements ! Au rendez-vous du 26 mai, nous étions presque tous des gens de métier ou amis de la profession ; en général, vaporistes impénitents, mais aussi, quelques profanes que l’on devinait, car ils écoutaient et ne parlaient pas. Les contemporains du temps de la vapeur eurent ainsi tout loisir de discuter de cette époque étonnante, pleine de faits substantiels et dont un enchaînement plus étonnant encore, nous a fait voir une « Pacific » ex P.L.M., la 231 K 82 remorquant un rapide entre Paris et Calais ! En rejetant tout purisme, il faut surtout voir dans ce fait un hommage et un adieu cordial au bon serviteur que fut la locomotive à vapeur et par-delà l’engin, à tous ceux qui surent si bien l’utiliser.

Mais, passons sur le quai où nous attend le « train du souvenir » dans lequel chaque invité a sa place réservée qui lui est indiquée par une charmante hôtesse. Pour l’instant, les passagers se sont agglutinés en tête… près de la K 82, briquée, pimpante et admirée malgré son âge (souhaitons aux dames de susciter un tel sentiment à égalité d’état civil). On reconnaît au premier coup d’oeil les amateurs, les « vrais de vrais ». Le nez collé aux longerons, humant l’odeur d’huile chaude et de charbon, ils semblent vouloir encore fixer dans leur mémoire les plus infimes détails de l’engin. Jamais une « Pacific » ne fut autant photographiée que celle-ci ; embiellages, pompe à air, cabine de conduite, plaque d’immatriculation… allons bon ! Je m’exprime comme la Sécurité sociale qui immatricule les gens, tandis qu’au chemin de fer on numérote les machines et on dénomme les trains en raison d’un certain respect. Revenons aux photographes. Il y a la Télé, elle se devait d’être présente, mais aussi des groupes mitraillant la loco sur toutes ses faces, la porte de boîte à fumée puis la traverse avant avec le glorieux numéro. L’équipe de conduite subit également, l’assaut des chasseurs d’images… avec le sourire, c’est pour la postérité !

Puis, l’heure du départ approchant, chacun gagne sa place et à 12 h 07, le 82 201 – spécial 300 t – s’ébranle en direction de Calais-Maritime, tandis que les derniers flocons de vapeur s’effilochent lentement dans le ciel. Le voyage fut sans incident. Cependant des groupes s’étaient déjà formés ; au pont du boulevard de La Chapelle, on remarquait l’affluence des curieux intrigués par la présence insolite (déjà) d’une locomotive à vapeur sur les voies de la gare du Nord. À la hauteur du dépôt, les agents rassemblés nous font au passage des signes d’adieu ; nous reverrons la même scène dans diverses gares du parcours. Puis, ce sera l’arrêt à Amiens à 13 h 30, 18 minutes ont été réservées pour accueillir et prendre à bord les invités picards et à 13 h 48 nouveau départ vers Boulogne- Ville. À 15 h 07, après un arrêt de 2 minutes, on aborde la partie difficile du parcours et une fois encore nous avons entendu le halètement de la « Pacific » sur la rampe de Caffiers. Puis c’est la descente jusqu’aux Fontinettes et à 15 h 45 précises, le train s’immobilise en gare de Calais- Maritime, les soupapes crachant à pleine vapeur un dernier et symbolique panache.

Une foule compacte nous attendait sur le quai d’arrivée et c’est alors que se place le moment le plus émouvant, lorsque M. Daudemard- Grégnac, directeur de la région du Nord, et M. Camille Martin, directeur du Matériel et Traction, donnent à l’équipe la poignée de main traditionnelle et combien chaleureuse. Pour ces tractionnaires qui dissimulent mal leur émotion c’est sans doute un instant inoubliable de leur carrière. Les chemins de fer britanniques étaient aussi présents en la personne de M. Carpenter, qui se fit l’interprète des cheminots anglais pour transmettre aux mécaniciens calaisiens leurs confraternelles amitiés.

Mais déjà la foule des invités, grossie par la présence de nombreux cheminots de Calais venus avec M. Chatillon, chef de dépôt, se dirige dans la grande salle au 1er étage du buffet où un vin d’honneur les attend. À 16 heures, le Directeur de la région Nord prononce son allocution. Il rappelle à grands traits l’évolution et les progrès de la traction vapeur, les performances accomplies, la vie pénible des équipes et leur sens du devoir, avant de conclure à la nécessité d’une inéluctable évolution. Comme il se devait, l’équipe qui avait amené « le train des adieux » avait été conviée à la place d’honneur, au premier rang de l’assistance. Pendant l’allocution, j’observais ces trois hommes dont les bleus de chauffe tranchaient sur l’ensemble vestimentaire de l’assistance. Il y avait sur ces visages, impassibles en apparence, une légère crispation qui laissait paraître l’émotion sous le masque. J’ai trouvé cela très beau. Pour ces hommes rudes, un mode capital de leur existence venait de prendre fi n ; qu’ils sachent que ce fut dans une ambiance de chaude sympathie. Inspecteur Godry, mécanicien Guelton, chauffeur Lacroix, c’est vous qui avez fermé le ban !

 

Cet article est tiré du numéro 1298 de La Vie du Rail, paru le 27 juin 1971 dont voici la couverture :

couvok



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