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Patrimoine. Au Vietnam, une gare et un train pas comme les autres

5 février 2018
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Par : Anne Jeantet-Leclerc

L’année 2018 verra-t-elle la renaissance au Vietnam de la ligne de chemin de fer Dalat – Phan Rang ? Le contexte est favorable, car cette année est marquée par le 45e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Vietnam, et le 125e anniversaire de la création de la ville de Dalat par un disciple de Pasteur, Alexandre Yersin, médecin, explorateur et découvreur du bacille de la peste.

D ans le sud du Vietnam, la ligne Dalat – Phan Rang- Thap Cham s’apprête-t-elle à vivre une nouvelle vie ? Ce réseau de 84 km, qui fut construit à l’époque coloniale dans les années 1930 par la Compagnie des chemins de fer de l’Indochine (CFI), dans la province de Ninh Thuan, est à l’abandon depuis la fin de la guerre du Vietnam en 1975. « À l’issue du conflit, la ligne fut progressivement déferrée et ses rails utilisés pour reconstruire la ligne Hanoi – Saigon (Nord-Sud), détruite pendant la guerre », explique Nicolas Leymonerie, responsable avec son épouse du Centre francophone Antenne à Dalat. Le réseau a donc été impitoyablement démantelé, les gares et les tunnels laissés à l’abandon et rapidement envahis par une végétation luxuriante. Seule la gare de Dalat (alt. 1 500 m), capitale de la province, a aujourd’hui fière allure.

Bijou architectural de style Art déco, la gare de Dalat, heureusement restaurée, est l’une des plus belles d’Asie. oeuvre des architectes français Reveron et Moncet, elle a des allures de cottage anglo-normand et imite la gare de… Trouville-Deauville ! Longue de 66 mètres, haute de onze, la gare est dotée de vitraux aux couleurs vives et de larges marquises construites en dur soutenues par des colonnes. Elle compte en son centre trois toits à forte pente et couverts de tuiles, chargés d’évoquer les trois pics de l’iconique montagne Lang Biang. Sur la façade, l’un des pignons arbore une grande horloge (comme à Trouville- Deauville), récemment restaurée. À l’intérieur, on trouve des boîtes aux lettres et des horaires vintage datant de l’époque coloniale. La salle d’attente est équipée de fauteuils et de tables. La rénovation de la gare date de la fi n des années 1990, période d’un nouvel essor touristique et économique du pays. Sept kilomètres de la ligne, entre Dalat et le village de Trai Mat, ont été remis en état pour y faire circuler un train touristique, le Dalat Plateau Rail Road. Le voyage remporte un franc succès auprès des touristes qui photographient l’antique locomotive à vapeur avant de prendre place à bord de l’une des voitures en bois du train.

En 2001, la gare a reçu le titre de Monument national culturel et historique et cumule en outre plusieurs records nationaux : la plus belle, la plus haute altitude, la plus ancienne et la seule (avec celle de Haiphong) ayant une locomotive à vapeur. Les autres gares de la ligne, construites dans le même style, sont, elles en piteux état.

Cependant, les quelque 80 km restants pourraient ressusciter. « En 2002, les provinces et autorités locales ont annoncé leur projet de reconstruire la ligne dans son intégralité, pour le transport de voyageurs et de marchandises, projet qui fut approuvé ensuite au niveau gouvernemental. En 2016, un budget prévisionnel de 320 millions de dollars a été accordé par le gouvernement vietnamien, qui a ouvert la porte aux entreprises privées », indique Nicolas Leymonerie. Gage d’un effet positif pour l’économie du pays, le projet prévoit également de connecter la ligne au North- South Railway à Thap Cham, permettant ainsi de relier Dalat au reste du pays pour la première fois depuis la guerre du Vietnam. Plus récemment, le 26 décembre 2017, la province de Lam Dong a fait un appel à investissement pour une valeur d’environ 140 millions d’euros.

Si l’on regarde le calendrier, on note que 2018 est l’année du 45e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Vietnam, et du 125e anniversaire de la fondation de Dalat par Alexandre Yersin. Souhaitons qu’une telle actualité soit favorable à la renaissance de ce train pas comme les autres…

La genèse d’une ligne

En 1898, Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine, donne le feu vert pour la construction d’une ligne reliant Thap Cham (province de Ninh Thuan) à Dalat, soit environ 84 km de rails serpentant sur un dénivelé de 1 400 mètres. Le projet prévoit trois sections à crémaillère (30 km au total). Aujourd’hui encore, ce réseau n’a qu’un seul homologue… à l’autre bout du monde, en Suisse !

Quel défi de construire une ligne de chemin de fer dans cette région au relief accidenté et parsemé de nombreux précipices et montagnes… En 1906, la CFI engage le chantier destiné à poser trente-huit premiers kilomètres de voie ferrée au départ de Phan Rang-Thap Cham. La ligne accuse des pentes on ne peut plus raides : 60 ‰, 115 ‰ ou 120 ‰ selon les tronçons ! La CFI importe du matériel roulant de Suisse, pays apte à fournir des machines capables d’affronter de telles déclivités. Mais les difficultés sont si nombreuses que huit années s’écouleront avant de pouvoir enchaîner avec le deuxième chantier (39 km). Les trains y circulèrent à partir du 1er juillet 1914.

Enfin, ce fut le tour d’une troisième et dernière partie, dont le premier coup de pioche fut donné en 1923. Cinq longues années furent nécessaires pour construire cette ultime section de 10 km ponctuée de nombreux tunnels et ponts afin de permettre au chemin de fer de franchir montagnes, falaises et précipices.

Au final, ce chantier de longue haleine, qui fut marqué par de très nombreux décès d’ouvriers, a employé 1 500 coolies, dont des femmes, usant d’outils rudimentaires. Aucune tâche n’était mécanisée, tout était fait manuellement. Cette ligne demeurera pour la CFI l’infrastructure la plus difficile, coûteuse et compliquée à construire à cause du terrain accidenté, de l’altitude, d’une forêt dense et de conditions météorologiques éprouvantes.

Rens. : Centre francophone, antenne de Dalat, Vietnam. contact@antenne.vn

 

Dalat, la cité d’Alexandre Yersin

alex

Collines, forêts sauvages de pins, montagnes, lacs, cascades et doux climat… c’est ce cadre idéal sur les hauts plateaux du Sud Vietnam qui fut choisi en 1893 par un disciple de Joseph Pasteur, Alexandre Yersin, un Français d’origine suisse, médecin, bactériologiste (il a découvert le bacille de la peste en 1894), explorateur, pour créer avec l’aide du gouverneur de l’Indochine Paul Doumer la ville de Dalat (Đà Lt). Loin de la chaleur accablante de la plaine, Dalat séduisit aussitôt les colons en villégiature et la ville gagna rapidement le surnom de «Petit Paris du Vietnam». En 2014, Alexandre Yersin a été nommé à titre posthume Citoyen d’honneur du Vietnam.

À lire pour en savoir plus

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